À Propos

Plus jeune, j’ai toujours eu une réponse plutôt précise à la question de ce que je voulais faire plus tard, néanmoins, la réponse que je donnais initialement à cette question était que je voulais être journaliste.

En effet, venant d’un milieu très rural, le Nord de l’Aisne, le seul cinéma du village ne passait qu’un seul film par semaine, le jeudi, vendredi et samedi à raison d’une séance par jour. Autant dire que nous étions surtout alimentés par les blockbusters américains. Je me souviens encore avoir répondu, en seconde lors de la première classe d’« option cinéma », à la question « citez votre film préféré », la trilogie Blade parce qu’ « il y a de l’action et de l’humour ». En réponse le professeur m’avait demandé de voir Vertigo d’Hitchcock chez moi et d’en rédiger une critique. Elle fût assassine, je lui reprochais son manque de rythme, son manque de vraisemblance scénaristique et son jeu d’acteurs médiocre…bref, j’étais bien loin de l’élève modèle de classe de cinéma. Grand lecteur, c’était donc vers les lettres que je me destinais plus naturellement. Puis, des réalisateurs comme David Cronenberg et Jim Jarmusch, par leurs liens étroits avec la littérature, ont commencé à changer ma vision du cinéma. Jusqu’à ce qu’en terminal, nous réalisions un court-métrage documentaire avec ma classe sur ma famille et sur le lien entre l’agriculture et la modernité. Peu enthousiaste a priori, je ne réalisais pas encore tout à fait l’intérêt que cela pouvait avoir, le petit travaille d’investigation que nous avons dû faire a été une grande influence par la suite pour moi.

Après le lycée, je ne me suis toutefois pas immédiatement précipité vers les études de cinéma. J’ai préféré travailler sur mon bagage culturel et j’ai déménagé dans ce que je considérais alors comme une « grande ville », Clermont-Ferrand pour entrer en Hypokhâgne et Khâgne avec comme double spécialité la philosophie et le cinéma. Ces deux années ont été pour moi, là encore, extrêmement formatrices, me démarquant, notamment, des autres élèves en philosophie. La théorie du cinéma, en revanche, m’ennuyait, et c’était bien plus la création artistique ou bien la technique cinématographique qui m’intéressait plutôt que l’analyse conceptuelle du « corps cinématographié » ̶ le sujet proposé au concours l’année où je devais le passer ̶.

C’est ainsi que j’ai décidé de déménager à Buenos Aires pour intégrer la Universidad del Cine dans la formation pour réalisateurs. Le passage de Clermont-Ferrand, la « grande ville », à Buenos Aires la « mégalopole infernale », n’a, au début, pas été simple, mais cela me permettait, néanmoins, de renouer avec certaines de mes racines culturelles. Il était en effet important pour moi que mes créations futures soient la synthèse, consciente ou inconsciente, des deux cultures dont j’étais le fruit. Dans un pays en éternelle crise, c’est donc à Buenos Aires que j’ai découvert le sens véritable du cinéma indépendant et où le thème de la marginalité a progressivement mûrie dans mes divers travaux. J’y ai réalisé trois court-métrages, dont El Drama Sentimental del Conejo que no Podía Tener Sexo, l’histoire d’un lapin, Eduardo, dont le drame était de ne pas avoir de sexe et le dernier, Las Orejas del Elefante, que j’ai eu la chance de filmer en 35mm, articulé autour d’un calligramme que j’ai écrit, se focalise sur la relation conflictuelle d’un jeune homme sourd avec son grand frère dans un petit village d’Argentine.

À présent sur Paris et après avoir passé deux années à travailler dans la restauration, je souhaite me recentrer sur mon travail d’auteur, en gardant mes thèmes de prédilection que sont les marges et la ruralité tout en travaillant comme cadreur-monteur pour diverses associations à visée sociale ou dans le domaine de la musique.